Mon chien mange ses excréments : pourquoi et comment travailler la coprophagie ?

Mon chien mange ses excréments : pourquoi et comment travailler la coprophagie ?

Voir son chien manger ses propres excréments ou ceux d'un autre animal est un comportement qui peut être particulièrement désagréable pour le propriétaire. On se demande pourquoi il fait ça, s'il lui manque quelque chose, s'il a pris une mauvaise habitude et surtout comment réussir à l'arrêter. Ce comportement porte un nom : la coprophagie.

La première chose à comprendre, c'est qu'il n'existe pas une seule cause valable pour tous les chiens. Un chiot qui découvre son environnement, un chien qui mange uniquement ses selles dans le jardin, un autre qui recherche les crottes de chats pendant les promenades ou encore un chien adulte qui commence soudainement à manger des excréments alors qu'il ne l'avait jamais fait auparavant ne sont pas forcément dans la même situation.

C'est pour cette raison que je ne vais pas simplement vous dire « empêchez le de le faire ». Nous allons essayer de comprendre ce qui peut provoquer ou entretenir ce comportement, vérifier qu'il n'y a pas une cause médicale à rechercher et surtout voir ce que vous pouvez concrètement mettre en place avec votre chien.

Avant de parler d'éducation, commençons par la santé

C'est un principe important dans mon travail d'éducateur canin comportementaliste : lorsqu'un comportement apparaît ou change brutalement, et qu'une cause physique est possible, il faut d'abord s'assurer que le chien va bien. L'éducation ne doit jamais servir à masquer un problème de santé.

La coprophagie peut être purement comportementale, mais elle peut aussi parfois être associée à une alimentation mal adaptée ou mal assimilée, à certains troubles digestifs, à une augmentation anormale de l'appétit ou à différents problèmes de santé. On entend également souvent dire qu'un chien qui mange ses excréments est forcément carencé. C'est beaucoup trop simple : une carence ou un problème nutritionnel peut faire partie des pistes à vérifier, mais tous les chiens coprophages ne manquent pas forcément de quelque chose.

Soyez particulièrement attentif si ce comportement apparaît soudainement chez un chien qui ne le faisait pas auparavant, ou s'il s'accompagne d'autres changements : chien qui semble constamment affamé, perte de poids, diarrhées, selles inhabituelles, vomissements, fatigue, modification importante de l'appétit ou de son état général. Dans ces situations, je vous conseille de commencer par en parler à votre vétérinaire. Une fois la piste médicale écartée, nous pouvons travailler beaucoup plus sereinement sur la partie comportementale.

Pourquoi un chien peut-il manger des excréments ?

Chez le jeune chiot, il faut déjà remettre certaines choses dans leur contexte. Un chiot découvre énormément son environnement avec sa gueule. Il renifle, lèche, attrape et goûte parfois des choses qui nous semblent totalement improbables. Dans les premières semaines de vie, il est également dans un environnement où la mère nettoie ses petits et peut consommer leurs déjections afin de maintenir le lieu de couchage propre. Cela ne signifie pas que le chiot deviendra automatiquement coprophage parce qu'il a observé sa mère, mais cela permet de comprendre que notre perception humaine du caractère « dégoûtant » des selles n'est évidemment pas celle du chien.

Chez certains chiens, le comportement peut ensuite simplement devenir une habitude. Prenons un exemple très courant : votre chien sort seul dans le jardin le matin. Il fait ses besoins puis reste dehors pendant vingt minutes. Les selles sont toujours présentes. Il les renifle, y retourne et finit par les manger. Le lendemain, la même situation se reproduit, puis encore le jour suivant. À force de répétitions, le comportement peut progressivement s'installer. C'est un principe que l'on retrouve dans beaucoup de problèmes d'éducation : plus le chien a l'occasion de répéter un comportement, plus celui-ci risque de devenir une habitude.

Tous les chiens coprophages ne recherchent pas non plus les mêmes choses. Certains mangent uniquement leurs propres selles. D'autres ne toucheront jamais aux leurs mais chercheront celles des autres chiens. D'autres encore sont particulièrement attirés par les crottes de chats, de chevaux ou d'autres animaux. C'est important de l'identifier parce que nous n'allons pas forcément travailler de la même manière avec un chien qui se retourne systématiquement après avoir fait ses besoins dans son jardin et avec un chien qui cherche des excréments pendant toute sa promenade.

Notre propre réaction peut aussi parfois entretenir involontairement le problème. Le chien s'approche d'une crotte, le propriétaire crie « Non ! », court vers lui et tente de l'attraper. Le chien s'éloigne, le propriétaire le poursuit et le chien finit par avaler le plus rapidement possible avant qu'on puisse lui reprendre. À force, certains chiens deviennent extrêmement rapides : ils ont appris qu'à partir du moment où leur propriétaire arrive, il faut avaler immédiatement. Pour d'autres, la situation peut même devenir une sorte de jeu de poursuite. Nous voulions empêcher le comportement et nous avons involontairement appris au chien à faire encore plus vite.

Commencez par observer avant de vouloir corriger

Avant de commencer les exercices, prenez quelques jours pour regarder précisément ce que fait votre chien. Mange-t-il uniquement ses propres selles ou celles des autres animaux ? Le fait-il systématiquement ou seulement de temps en temps ? Est-ce uniquement dans votre jardin ? Le fait-il lorsqu'il est seul ou également lorsque vous êtes présent ? Se retourne-t-il immédiatement après avoir fait ses besoins ou revient-il manger ses selles plus tard ? Depuis quand le comportement existe-t-il ? Est-il apparu progressivement ou brutalement ?

Ces quelques observations sont beaucoup plus importantes qu'elles n'en ont l'air. Si votre chien mange systématiquement ses selles dans le jardin lorsqu'il reste seul dehors, nous avons déjà une première piste de travail très différente de celle d'un chien qui cherche toutes les crottes qu'il rencontre pendant ses promenades.

Une fois que nous avons compris quand et comment le comportement se produit, nous pouvons commencer à travailler.

Première étape : empêcher la répétition du comportement

Avant même de faire des exercices compliqués, je commencerais par modifier l'environnement. Si votre chien mange ses selles dans votre jardin, ne le laissez plus sortir seul pendant quelque temps. Accompagnez le lorsqu'il fait ses besoins et ramassez rapidement.

Cela peut sembler beaucoup trop simple pour être considéré comme un exercice d'éducation, pourtant c'est fondamental. Imaginez que vous travailliez cinq minutes par jour pour empêcher votre chien de manger ses selles, mais qu'en parallèle il ait l'occasion de le faire trois fois par jour lorsqu'il est seul dans le jardin. Vous essayez d'apprendre une chose pendant que le chien continue quotidiennement à renforcer l'habitude inverse.

La gestion de l'environnement ne règle donc pas tout, mais elle nous permet d'arrêter d'alimenter le problème pendant que nous construisons un nouveau comportement.

Exercice 1 : après mes besoins, je reviens vers mon maître

Nous allons maintenant remplacer progressivement une habitude par une autre. Si votre chien a actuellement appris : « je fais mes besoins, je me retourne et je vais voir mes selles », nous voulons lui apprendre : « je fais mes besoins et je retourne vers mon maître ».

Pendant quelques jours, accompagnez votre chien lorsqu'il sort faire ses besoins. Laissez le tranquillement faire, sans rester collé derrière lui. Dès qu'il a terminé, appelez le avant qu'il ait le temps de se retourner vers ses selles. Lorsqu'il revient, félicitez le et récompensez le avec quelque chose qu'il apprécie vraiment. Éloignez vous ensuite de quelques mètres avec lui et allez ramasser.

Répétez exactement cette petite routine à chaque sortie. Au début, votre timing est important : si vous attendez que votre chien soit déjà en train de renifler ses selles, vous rendez l'exercice beaucoup plus difficile. Nous voulons intervenir avant qu'il ne rentre dans son ancien automatisme.

Avec les répétitions, observez votre chien. Il peut progressivement commencer à terminer ses besoins puis à se retourner spontanément vers vous. C'est exactement ce que nous recherchons. À ce moment-là, nous ne sommes plus simplement en train de l'empêcher de manger ses selles : nous sommes en train de construire une nouvelle habitude.

Exercice 2 : apprendre réellement le « tu laisses »

Le deuxième apprentissage important est le renoncement. Mais attention à une erreur que je vois souvent : le propriétaire décide d'apprendre « tu laisses » précisément au moment où son chien est devant quelque chose qu'il adore. C'est beaucoup trop difficile.

On commence cet exercice à la maison, dans un environnement calme, avec quelque chose qui n'a pas énormément de valeur pour le chien. Présentez ou posez un objet sans grand intérêt. Lorsque votre chien s'y intéresse, demandez tranquillement « tu laisses ». Dès qu'il détourne son attention et revient vers vous, récompensez le.

Au départ, nous recherchons surtout la compréhension de l'exercice. Le chien doit découvrir que renoncer à quelque chose ne signifie pas forcément perdre. Au contraire, lorsqu'il fait le bon choix et revient vers son propriétaire, quelque chose d'intéressant peut arriver.

Lorsque l'exercice devient facile avec un objet banal, vous pouvez augmenter progressivement la difficulté : un objet plus intéressant, puis éventuellement une nourriture peu attirante, puis quelque chose de plus appétissant. Ensuite seulement, on transpose l'exercice dans le jardin puis à l'extérieur.

Ne brûlez pas les étapes. Si votre chien réussit parfaitement dans votre salon mais ne vous écoute plus du tout dehors, cela ne veut pas forcément dire qu'il est têtu. Cela signifie souvent simplement que la difficulté est devenue trop importante trop rapidement.

Exercice 3 : travailler le rappel avant que le chien ait trouvé la crotte

Pour les chiens qui recherchent les excréments pendant les promenades, le rappel devient un outil extrêmement intéressant. Mais là encore, le timing fait toute la différence.

Observez votre chien pendant la promenade. Il marche normalement puis son comportement change : son nez descend, il ralentit, il se dirige vers une odeur précise. N'attendez pas qu'il soit déjà au-dessus de la crotte pour intervenir. C'est à ce moment-là qu'il faut rappeler.

Appelez votre chien, encouragez son retour et récompensez lorsqu'il revient vers vous. Puis continuez simplement votre promenade. Pendant cette période d'apprentissage, une longe peut être particulièrement utile. Elle permet au chien de conserver une certaine liberté tout en vous donnant la possibilité d'éviter qu'il atteigne systématiquement ce qu'il vient de repérer.

Au départ, travaillez avec suffisamment de distance. Un chien situé à trois mètres d'une distraction peut encore être capable de réfléchir alors qu'à dix centimètres il ne vous entendra pratiquement plus. En éducation, il faut toujours chercher la distance à laquelle le chien peut réussir, puis augmenter progressivement la difficulté.

Exercice 4 : apprendre à voir sans forcément aller prendre

Cet exercice est intéressant pour la coprophagie, mais également pour tous les chiens qui ramassent constamment des choses pendant les promenades. Le but est de leur apprendre qu'ils peuvent voir quelque chose au sol sans avoir l'obligation d'aller immédiatement l'explorer.

On commence encore une fois avec une situation contrôlée et sans danger. Placez une distraction au sol et passez suffisamment loin pour que votre chien la remarque sans se précipiter dessus. Continuez tranquillement à marcher. S'il regarde la distraction puis choisit de rester avec vous ou de poursuivre son chemin, récompensez.

Repassez plusieurs fois, sans chercher immédiatement à vous rapprocher. Lorsque votre chien réussit facilement, réduisez légèrement la distance. S'il commence à tirer ou devient incapable de vous écouter, vous êtes probablement allé trop vite : éloignez vous et recommencez plus facilement.

Ce principe est très important dans ma façon de travailler : je ne cherche pas à mettre le chien en échec pour pouvoir le corriger. Je cherche une situation dans laquelle il peut réussir afin de lui apprendre progressivement le comportement que j'attends.

Exercice 5 : apprendre l'échange plutôt que la course poursuite

Malgré toutes vos précautions, il arrivera forcément un jour où votre chien aura déjà quelque chose dans la gueule. Là encore, courir derrière lui en criant risque simplement de lui apprendre à avaler encore plus vite.

L'échange doit donc être travaillé à l'avance, avec des objets sans danger. Donnez à votre chien un objet qu'il apprécie modérément. Présentez lui ensuite quelque chose de plus intéressant. Lorsqu'il lâche son objet, récompensez le et récupérez tranquillement ce qu'il avait.

Répété régulièrement, cet exercice permet au chien de comprendre que lâcher quelque chose n'entraîne pas systématiquement une perte ou un conflit. Le jour où vous aurez réellement besoin de récupérer quelque chose, vous disposerez déjà d'un apprentissage connu du chien.

Ce qu'il vaut mieux éviter

Punir un chien plusieurs minutes après qu'il a mangé ses selles ne lui apprend rien. Lui mettre le nez dedans n'a aucune utilité éducative et peut au contraire créer de la peur ou de l'incompréhension. Crier systématiquement, courir derrière lui ou essayer de lui arracher ce qu'il possède peut également augmenter son envie d'avaler rapidement.

Évitez également de considérer que votre chien fait cela « pour vous embêter », qu'il est « sale » ou qu'il cherche à vous provoquer. Ces interprétations humaines ne nous donnent aucune solution. La question qui m'intéresse beaucoup plus est : qu'est-ce qui déclenche ce comportement et qu'est-ce qui permet au chien de continuer à le répéter ?

C'est à partir de cette réponse que l'on construit le travail.

Un programme simple pour commencer pendant 7 jours

Pendant les deux premiers jours, je vous conseille surtout d'observer et de gérer. Accompagnez les sorties dans le jardin, ramassez rapidement et commencez systématiquement la routine « je fais mes besoins, je reviens vers mon maître ». Ne cherchez pas encore à tout travailler en même temps.

Les troisième et quatrième jours, continuez cette routine et ajoutez deux ou trois très courtes séances de « tu laisses » dans la maison. Quelques minutes suffisent. Cherchez des exercices faciles et des réussites plutôt que de tester constamment les limites de votre chien.

Le cinquième jour, commencez à reproduire le « tu laisses » dans un environnement légèrement plus stimulant, par exemple le jardin. Le sixième jour, profitez des promenades pour travailler quelques rappels préventifs lorsque votre chien commence à s'intéresser à quelque chose au sol. Si nécessaire, utilisez une longe pour garder le contrôle de la situation sans supprimer toute liberté.

Au septième jour, ne cherchez pas à savoir si la coprophagie a complètement disparu. Regardez plutôt les petits changements. Votre chien revient-il plus facilement après avoir fait ses besoins ? Se retourne-t-il moins souvent vers ses selles ? Est-il capable de renoncer à certaines choses ? Réagit-il mieux à votre rappel ? Commence-il parfois à passer devant une distraction sans aller la prendre ?

Si oui, le travail commence à porter ses fruits. Continuez et augmentez progressivement la difficulté. Si ce n'est pas le cas, ne cherchez pas forcément une nouvelle méthode : revenez à l'étape qui pose problème et rendez là plus facile.

Et si mon chien continue malgré tout ?

Un comportement installé depuis plusieurs mois ne disparaît pas forcément en une semaine. L'objectif du programme de sept jours est de mettre en place de nouvelles habitudes, pas de promettre une solution miracle.

Si malgré une bonne gestion, des exercices réguliers et une progression adaptée votre chien continue à rechercher énormément les excréments, reprenez les choses dans l'ordre. Demandez-vous d'abord s'il a encore beaucoup d'occasions de reproduire le comportement. Vérifiez ensuite si vos exercices ne sont pas trop difficiles. Et si le comportement est particulièrement intense, récent ou accompagné d'autres symptômes, revenez vers votre vétérinaire pour vous assurer qu'aucune cause médicale ou nutritionnelle n'a été négligée.

Il peut ensuite être utile de faire observer la situation par un éducateur canin comportementaliste. Parce qu'au final, nous ne travaillons pas simplement « la coprophagie » comme s'il existait une recette identique pour tous les chiens. Nous travaillons avec un chien précis, dans un environnement précis, et nous cherchons à comprendre pourquoi ce chien là reproduit ce comportement.

Ce qu'il faut retenir

Si votre chien mange ses excréments, ne cherchez pas uniquement à intervenir lorsqu'il a déjà la crotte dans la gueule. Commencez par vérifier que tout va bien du côté de sa santé et de son alimentation lorsque la situation le justifie. Observez ensuite dans quelles circonstances le comportement apparaît et empêchez autant que possible sa répétition pendant la période d'apprentissage.

Puis construisez progressivement d'autres comportements : revenir vers vous après avoir fait ses besoins, apprendre à laisser, répondre au rappel avant d'atteindre ce qu'il convoite, passer devant une distraction sans systématiquement la prendre et savoir échanger ce qu'il possède.

Comprendre la cause, gérer l'environnement et apprendre au chien quoi faire à la place : voilà ce qui permet de travailler réellement le problème.

Et surtout, ne cherchez pas la solution miracle qui ferait disparaître en deux jours une habitude installée depuis plusieurs mois. En éducation canine, ce sont souvent les petits exercices répétés correctement et régulièrement qui finissent par produire les changements les plus importants.

Lionel Renier
Éducateur canin comportementaliste
Centre Éducation Canine

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