Chiot excité le soir : causes et solutions pour le calmer

Mon chiot devient incontrôlable le soir : comprendre et gérer l’excitation du soir

La journée, votre chiot est plutôt facile à vivre. Il joue, mange, dort, découvre son environnement et commence doucement ses apprentissages. Puis arrive la fin de journée et vous avez soudainement l’impression de ne plus avoir le même chien. Il court partout, saute, attrape les vêtements, mord beaucoup plus fort, sollicite tout le monde et semble incapable de s’arrêter.

On entend souvent parler du fameux « quart d’heure de folie » du chiot ou des « zoomies ». Mais chez certains chiots, ce n’est plus vraiment un quart d’heure : l’excitation peut durer trente minutes, une heure, voire davantage. Les propriétaires essayent alors tout ce qui leur vient à l’esprit : ignorer le chiot, lui donner quelque chose à mâcher, le ressortir, jouer avec lui pour le fatiguer, le laisser courir dans le jardin… et parfois cela semble ne faire qu’empirer les choses.

Ce comportement est fréquent chez le jeune chiot. Pour autant, je ne conseille pas simplement d’attendre en se disant que « c’est normal, ça passera ». Si ces épisodes deviennent réguliers ou particulièrement intenses, il est intéressant de comprendre pourquoi le chiot monte autant en excitation et surtout pourquoi il n’arrive plus à redescendre.

Le paradoxe du chiot fatigué

La première chose à comprendre, c’est qu’un chiot fatigué ne ressemble pas toujours à ce que l’on imagine. On pourrait penser qu’un chiot ayant besoin de dormir va naturellement chercher son panier, s’allonger et fermer les yeux. Certains le font. D’autres font exactement l’inverse.

Plus ils sont fatigués, plus ils deviennent agités. Ils courent, mordillent davantage, sautent, sollicitent les humains ou les autres chiens et semblent soudainement avoir une réserve d’énergie inépuisable. Pourtant, derrière cette agitation peut justement se cacher un chiot qui a dépassé son seuil de fatigue et qui n’arrive plus à s’arrêter seul.

Il faut également éviter de regarder uniquement ce qui s’est passé dans l’heure précédant la crise. Un chiot peut avoir dormi trente minutes en début de soirée et malgré tout avoir accumulé énormément de fatigue au cours de sa journée. Ce qui m’intéresse davantage, c’est son rythme sur plusieurs heures : combien a-t-il réellement dormi ? Son sommeil a-t-il été régulièrement interrompu ? A-t-il eu beaucoup de nouveautés ? A-t-il beaucoup joué ? A-t-il rencontré des personnes ou des chiens ?

Une sieste ne remet pas forcément tous les compteurs à zéro.

Trop de stimulation… mais pas forcément

C’est ici qu’il faut être prudent, parce qu’il serait facile de conclure que tous les chiots excités le soir sont simplement « surstimulés ». Ce serait trop simpliste.

Un chiot découvre le monde. Une promenade, une nouvelle personne, une voiture, un chien rencontré dans la rue, une odeur inconnue, un nouvel endroit : tout cela représente des informations à traiter. Si les activités et les découvertes s’enchaînent toute la journée sans suffisamment de récupération, le niveau d’activation peut progressivement augmenter jusqu’au débordement du soir.

Mais l’inverse existe également. Un chiot qui passe une grande partie de sa journée dans la maison ou uniquement dans le jardin peut manquer d’exploration et d’activités adaptées. Le jardin est utile, mais il ne remplace pas une véritable découverte du monde extérieur. Une petite sortie tranquille pendant laquelle le chiot peut sentir, observer et explorer peut parfois être beaucoup plus bénéfique que vingt minutes à courir derrière une balle.

Toute la difficulté est donc dans le dosage : ni chercher à occuper le chiot en permanence, ni penser qu’un chiot doit passer sa journée à ne rien faire.

Le jeu peut lui aussi remplir le vase

Jouer avec son chiot est évidemment important. Mais tous les jeux n’ont pas le même effet sur son état émotionnel. Les courses-poursuites dans la maison, les jeux très physiques, les lancers répétés ou les longues interactions avec un autre chien peuvent maintenir un niveau d’excitation élevé.

Ce n’est pas une raison pour supprimer le jeu. L’apprentissage intéressant consiste plutôt à montrer progressivement au chiot qu’une activité possède un début mais également une fin. On joue, puis le jeu s’arrête. On sort, puis on rentre. On explore, puis on récupère.

C’est cette alternance que le chiot doit apprendre : activité → retour au calme → repos.

Lorsqu’un autre chien vit dans la maison, il faut également surveiller ce phénomène. Le propriétaire arrête de jouer avec le chiot, mais celui-ci va immédiatement solliciter le chien adulte. Si celui-ci répond, l’activité continue. Le chien adulte ne doit pas devenir le bouton OFF du chiot ni son défouloir permanent. Lui aussi doit pouvoir dormir et être tranquille. Une séparation temporaire peut donc être parfaitement justifiée.

« Il est excité, je vais le fatiguer » : attention au piège

C’est probablement l’un des réflexes les plus courants. Le chiot commence à courir partout à 22 heures et on se dit qu’il lui reste trop d’énergie. On ouvre la porte du jardin, on lance une balle ou on décide de jouer pour qu’il se dépense une bonne fois pour toutes.

Cela peut fonctionner si le problème vient réellement d’un manque d’activité. Mais avec un chiot déjà complètement monté en excitation ou épuisé, on peut obtenir exactement l’effet inverse : on rajoute de l’excitation sur de l’excitation.

Le chiot court encore davantage, monte encore plus haut et donne effectivement l’impression de « se défouler ». Seulement, dix minutes plus tard, il est parfois encore plus difficile à canaliser.

Il faut donc faire la différence entre dépenser un chiot qui a des besoins non satisfaits et continuer à stimuler un chiot qui n’arrive déjà plus à redescendre. Et cette différence ne se détermine pas uniquement en observant les cinq dernières minutes : elle se comprend en regardant toute sa journée.

Quand il est déjà parti à 200 %, que faire ?

C’est généralement la question qui intéresse le plus les propriétaires : très bien, mais à 22 h 30, lorsqu’il mord les jambes, traverse le salon à toute vitesse et saute sur tout ce qui bouge, qu’est-ce que je fais ?

À ce stade, ce n’est généralement plus le meilleur moment pour vouloir réaliser une grande séance d’éducation. Le chiot n’est plus dans les meilleures dispositions pour réfléchir et apprendre. L’objectif immédiat est plutôt de faire redescendre l’environnement autour de lui.

Évitez les cris, les poursuites dans la maison, les conflits et les sollicitations répétées. Faites également attention à cette succession que je rencontre souvent : on donne un jouet, puis une friandise, puis on ressort le chiot, puis on revient, puis on essaye de jouer, puis on lui donne autre chose… Pour nous, nous cherchons désespérément une solution. Pour le chiot, il continue simplement à se passer énormément de choses.

C’est précisément dans ce type de situation qu’un parc à chiot peut devenir un excellent outil de canalisation.

Le parc à chiot : réduire l’environnement pour l’aider à redescendre

Le parc ne doit pas être considéré comme une punition. On ne prend pas le chiot énervé en lui criant dessus avant de l’enfermer parce qu’on n’en peut plus. Utilisé correctement, le parc devient au contraire un espace de décompression et de repos.

Imaginez un chiot surexcité en liberté dans toute la maison. Il dispose de dizaines de possibilités pour continuer : courir dans le couloir, attraper une chaussure, sauter sur le canapé, mordiller une main, récupérer un jouet, poursuivre le chat ou aller solliciter l’autre chien. Même si les humains deviennent complètement passifs, l’environnement reste extrêmement riche.

Dans un parc sécurisé et correctement aménagé, le nombre de possibilités diminue brutalement. On peut y placer son couchage, de l’eau et éventuellement une mastication adaptée si celle-ci l’aide réellement à redescendre. On accompagne le chiot calmement, sans colère et sans en faire tout un événement.

On ne lui impose pas le calme. On crée les conditions dans lesquelles le calme devient beaucoup plus facile.

Pour que cela fonctionne correctement, je conseille cependant de ne pas découvrir le parc uniquement au moment des crises. Le chiot doit également pouvoir y aller lorsqu’il est calme, y trouver quelque chose d’agréable, s’y reposer et éventuellement s’y endormir. Le parc devient ainsi un endroit familier associé au repos, et non « l’endroit où l’on m’enferme lorsque je fais une bêtise ».

Le meilleur moment pour intervenir, c’est avant la crise

Si votre chiot commence pratiquement tous les soirs sa phase d’excitation vers 22 heures, attendre 22 h 15 pour essayer de le calmer n’est probablement pas la meilleure stratégie.

Essayez plutôt de repérer les premiers signes. Le chiot commence peut-être à mordiller davantage, à passer rapidement d’un jouet à l’autre, à solliciter sans arrêt l’autre chien ou à avoir davantage de difficultés à rester posé. C’est à ce moment-là qu’il devient intéressant d’agir.

On peut alors organiser progressivement la fin de journée : une dernière sortie calme pour les besoins et éventuellement un peu d’exploration, puis retour dans un environnement moins stimulant. On évite de relancer une grosse séance de jeu juste avant l’heure où l’on sait que le chiot déborde habituellement. On peut proposer une mastication adaptée, diminuer les interactions et utiliser son espace de repos avant qu’il ne soit complètement incapable de s'arrêter.

Avec le temps, on cherche à lui apprendre quelque chose de très important : une journée ne se termine pas forcément lorsqu’il tombe d’épuisement. Elle peut aussi se terminer parce que l’activité diminue progressivement et qu’il apprend à se poser.

Et les morsures qui deviennent beaucoup plus fortes ?

À deux ou trois mois, le mordillement fait partie du développement normal du chiot. Mais de nombreux propriétaires constatent que leur chiot ne mord pas du tout avec la même intensité lorsqu’il est calme et lorsqu’il est complètement excité.

C’est logique. Lorsque son niveau d’activation augmente, son contrôle diminue. Il attrape plus vite, serre davantage et devient beaucoup plus difficile à interrompre. Cela ne signifie pas automatiquement que le chiot devient agressif ou qu’il cherche à « dominer » son propriétaire.

Dans ce contexte, je préfère donc me poser une autre question. Au lieu de chercher uniquement « comment faire pour qu’il arrête de mordre ? », demandons-nous : « pourquoi mon chiot est-il dans un état où il n’arrive plus à contrôler ses mordillements ? »

Le mordillement devient alors un indicateur qui nous renseigne sur son état général.

N’oublions pas l’inconfort et les changements de vie

Un jeune chiot arrivé depuis seulement quelques jours dans sa nouvelle famille doit assimiler énormément de choses. Nouvelle maison, nouvelles personnes, nouvelles odeurs, nouvelles habitudes, éventuellement présence d’un autre chien, apprentissage de la propreté, premières sorties… Même lorsqu’il semble parfaitement à l’aise pendant la journée, cette adaptation représente une charge importante.

Il faut donc parfois accepter de ralentir un peu et de laisser le chiot trouver progressivement son rythme.

Et si l’apparition de ces épisodes est brutale, particulièrement intense ou accompagnée d’autres changements de comportement, il faut également penser à une éventuelle cause physique. Un inconfort digestif, une douleur, des démangeaisons ou un autre problème peuvent avoir une influence sur le comportement. Dans ce cas, le vétérinaire reste évidemment l’interlocuteur à privilégier.

Pendant quelques jours, devenez observateur de votre chiot

Avant de changer dix choses simultanément, je conseille souvent quelque chose de très simple : pendant trois à cinq jours, observez et notez le déroulement des journées.

À quelle heure votre chiot dort-il réellement ? Quand sort-il ? Combien de temps joue-t-il avec l’autre chien ? A-t-il reçu des visiteurs ? A-t-il découvert un nouvel environnement ? Quand a-t-il eu des moments de mastication ? À quelle heure commence généralement son excitation ?

Vous pourrez parfois découvrir un schéma extrêmement clair. Les grosses soirées surviennent peut-être après les journées où le chiot a beaucoup joué avec l’autre chien. Ou lorsqu’il a très peu dormi l’après-midi. Ou après beaucoup de nouveautés. À l’inverse, vous découvrirez peut-être qu’il manque justement une véritable sortie exploratoire dans sa journée.

C’est pour cela que je me méfie des recettes toutes faites. Deux chiots peuvent présenter exactement la même excitation à 22 heures pour deux raisons complètement différentes.

Ce qu’il faut retenir

Le fameux « quart d’heure de folie » existe chez beaucoup de chiots. Mais lorsqu’il se transforme régulièrement en une heure de courses, de morsures et d’agitation incontrôlable, je préfère chercher à comprendre ce qui alimente le phénomène plutôt que de simplement attendre que le chiot grandisse.

Fatigue, manque de sommeil, accumulation de stimulations, activités insuffisantes ou mal adaptées, jeux trop excitants, interactions avec un autre chien, nouvel environnement ou inconfort physique : il faut regarder le chiot dans son ensemble et surtout observer sa journée complète.

Et retenez une chose : lorsqu’un chiot est complètement excité, chercher systématiquement à le fatiguer encore davantage n’est pas forcément la solution. Parfois, ce dont il a le plus besoin n’est pas d’une activité supplémentaire, mais de notre aide pour enfin réussir à s’arrêter.

Apprendre à marcher en laisse, revenir au rappel ou s’asseoir sont des apprentissages importants. Mais apprendre progressivement à redescendre, à ne rien faire et à se reposer en est un tout aussi essentiel.

Lionel Renier
Éducateur canin comportementaliste
Centre Éducation Canine

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